top of page

La Dame en Bleu

 

 

La toile qu’observe le jeune homme semble remplie de sens à ses yeux. Il l’a regarde d’une manière si captivée qu’il en oubli qu’elle doit son existence à ce qui la précède et la sépare de lui afin de lui rendre sa distinction, son objectivité, et par le fait même, sa propre subjectivité lui permettant de la regarder, c’est-à-dire le vide ou l’espace. Quoi que l’espace ne soit pas nécessairement vide en soi.

 

C’est dans un soubresaut vif qu’il se ressaisit et reprit ses esprits. C’est que la contemplation d’une œuvre d’art lui permet de s’oublier totalement en elle, de se fondre en elle comme s’il ne faisait plus qu’un avec elle. La beauté de la chose est qu’il se donne le loisir de choisir ce qu’il devient pour un instant, l’état d’âme qu’il incarne totalement pour un moment. Il prend particulièrement plaisir à devenir ce petit oiseau perché sur l’épaule de la dame en bleu, sa toile favorite.

 

C’est les yeux de cette dame mystérieuse qui le fascine au plus au point et adoptant la perspective de cet oiseau, il profite d’une proximité plus satisfaisante. Il aimerait toutefois pouvoir s’en rapprocher davantage, avoir un rapport plus intime où il pourrait échanger quelque intéressante conversation profonde et non sans signification avec cette dame, question de mieux la comprendre, question de mieux saisir l’intrigue que suscite son regard en lui.

 

Mais n’est-ce pas exactement ce qui constitue tout son charme, toute l’attirance qu’il éprouve à son égard. Que pourrait-il donc encore les liés si ce lien mystérieux qui anime son intérêt pour elle serait brisé? Trouverait-il plus de réconfort à entretenir avec elle une complicité des plus fusionnelle? Comment pourrait-il espérer se rapprocher davantage? Mais peut-être que se désir de rapprochement n’était qu’un moyen de parvenir à ses fins et non pas la fin recherchée en soi.

 

Quoi qu’il en soit, il en oubli certainement l’essentiel. Lorsqu’il sortira enfin de son fantasme, il se verra forcé de regarder les choses en face.

                                                                                       Gamaëlle Roy


            
                                                                                                                                                                                                       
bottom of page